Pour de Saussure, le " signe linguistique " (ce que dans le langage profane nous appelons le mot) est formé de deux faces, comme les deux faces d'une pièce de monnaie :
* Le signifiant est la " forme phonique " (le son) du mot prononcé ;
* le signifié est " l'image " (nous dirions aujourd'hui le concept) du mot que nous avons dans la tête au moment où nous l'entendons.
Ainsi le signe " cheval " est formé du signifiant 'cheval ' et du concept cheval (la représentation du mot que nous avons dans l'esprit)
Pour DE SAUSSURE, signifiant et signifié sont inséparables. Il n'y a pas de signifié sans signifiant (tous les concepts peuvent être représentés par des mots ?) et pas de signifiants sans signifiés (tous les sons veulent dire quelque chose) sinon les mots entendus dans une langue étrangère que nous ne parlons pas du tout.
"La langue est une convention..."Il n'y a pas de raison d'appeler un cheval à l'aide du signifiant 'cheval' ; la preuve est que les autres peuples l'appellent autrement : 'caballo', 'pferd', 'horse'... Et c'est parce le rapport signifiant/signifié est arbitraire qu'il n'y a pas de raison de le changer.
Synchronique / Diachronique |
Jusqu'à présent, toutes les personnes qui s'intéressaient à la langue : philosophes, grammairiens, philologues... privilégiaient l'histoire de la langue sur son fonctionnement " ici et maintenant ".
De Saussure inverse l'ordre.
"La langue est un système dont toutes les parties peuvent et doivent être considérées dans leur solidarité synchronique" (CLG, p.124) "
La langue est comparée à une parti d'échecs : "La valeur respective des pièces dépend de leur position sur l'échiquier, de même que dans la langue chaque terme a sa valeur par son opposition avec tous les autres termes" (CLG, p.126)
Avec de Saussure, on commence à s'intéresser à la façon dont la langue fonctionne (Territoire ?) et non plus seulement aux règles à observer pour la bien parler (Cartes ?) Rapprochons cette phrase de de SAUSSURE : "Parler de loi linguistique en général, c'est vouloir étreindre un fantôme" (CLG, p.130) à l'idée de base de l'Ecole de Palo Alto selon laquelle on ne peut pas parler de "communication en général", mais seulement de séquences précises de communication. Encore une fois c'est, bien avant la date, l'introduction, dans notre culture, de l'ICI ET MAINTENANT.
L'opposition Langue / Parole |
Langue = ce qui est commun à un peuple. Parole = un ensemble de textes réels.
"En séparant la langue de la parole, on sépare du même coup : 1. ce qui est social de ce qui est individuel ; 2. ce qui est essentiel de ce qui est accessoire et plus ou moins accidentel" (CLG, p 30) D'autre part, pour De Saussure (et pour la première fois) la langue (orale) est plus importante que l'écriture : "Langue et écriture sont deux systèmes de signes distincts ; l'unique raison d'être du second est de représenter le premier...". Il est stupide de se référer à l'écriture comme l'ont fait tous les grammairiens avant lui car "c'est comme si l'on croyait que, pour connaître quelqu'un, il vaut mieux regarder sa photographie que son visage" (CLG, p.45).